retour à l'accueil

Céline vociférant

par Christine Sautermeister

ISBN : 2-913193-03-X - Prix public : 51 Euros.

Attaque verbale, l’injure a de multiples significations: elle peut être
réaction de défense, libération de l’affect, dénonciation et vengeance,
haine et rejet de l’autre, provocation, pur plaisir de la joute verbale
ou simple jeu de mots d’esprit tendancieux. Toutes ces facettes, plus
ou moins accentuées selon l’ouvrage considéré, se retrouvent chez
Céline dont on a souligné de tout temps le goût pour la controverse
et la polémique. Le but de l’auteur n’est-t-il pas, dès Voyage au bout
de la nuit, de « tout dire » de la méchanceté des hommes et de
communiquer au lecteur l’émotivité du narrateur ?
Ce programme d’écriture suppose la complicité de ce lecteur appelé
à adhérer à la violence et à la virtuosité de l’insulteur vis-à-vis de
l’injurié, car la complicité est la condition sine qua non de
l’acceptation de l’injure.
Le scandale de la dérive antisémite célinienne entraîne des
modifications dans la stratégie injurieuse de l’auteur d’après-guerre
qui, tout en continuant son travail de dénonciation, renchérit sur
la provocation, l’accusation et l’auto-injure, inverse les rôles de
persécuteur - persécuté, jouant ainsi avec son lecteur et avec sa
propre culpabilité jamais avouée comme telle.
Au-delà du code lexical et métaphorique propre au genre, Céline
a fait de l’injure une part intégrante de son art du langage, la
renouvelant non seulement par ses néologismes mais en l’insérant
dans un réseau sémantique, syntaxique et rythmique qui en intensifie
l’effet.