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Matière et lumière
La mort dans l’œuvre
de Louis-Ferdinand Céline

par Pierre-Marie Miroux

ISBN : 2-913193-09-9. 2006, 438 pages. Prix public : 65 Euros.

À qui l’aborde pour la première fois, l’œuvre de Céline paraîtra foisonnante, décousue, voire «débraillée», à la ressemblance de l’auteur lui-même, dans ses dernières années, à Meudon : le clochard prophète de l’Apocalypse ! Mais à la lire et relire, on découvre qu’il en est peu qui soient aussi construites et finement élaborées que celle-là. Au fil de ses livres, pamphlets compris, Céline tisse sans fin un réseau de thèmes obsédants qui se croisent de mille façons pour former une œuvre complexe, à la manière de ces dentelles dont il rappelle toujours le souvenir, tant elles ont marqué son imaginaire, depuis son enfance, passage Choiseul, où sa mère en faisait commerce : «Dentelle et guipure à la main.» Le cœur de ce réseau, noyau central d’où tout rayonne, c’est la Mort, rencontrée dans sa pire violence sur les champs de bataille de Flandre en 1914. Depuis, disait-il, «je l’ai constamment à mes côtés», et il en décline toutes les facettes imaginables, des plus sinistres aux plus éclatantes, des plus charnelles aux plus féeriquement désincarnées. C’est cette dentelle de la Mort que ce livre s’emploie patiemment à démonter, tentant de suivre chaque fil pour voir comment il se noue aux autres et comprendre comment est faite cette toile à la fois si crue et si aérée où l’homme, d’un même mouvement et à l’instar de Ferdinand dans Mort à Crédit
s’«écrabouille dans la lumière et la bidoche».